jeudi 22 mars 2012

Chapitre 3.

Je profitais de ces doux moments de calmes et de sérénité, mes paupières closes, l’eau ruisselant sur chaque parcelle de mon épiderme. Les douches demeuraient l’ultime solution pour me débarrasser de tout le stress accumulé de cette journée. Pourtant, et sans raison valable, je me sentais sale. Sale d’avoir eu à affronter les avances de Till sans l’avoir repoussé définitivement. Avec douleur, j’admis avoir eu envie de succomber au charme du chanteur, malgré les efforts constants de Paul à être un mari idéal.
Sans la sentir venir, une larme coula le long de ma joue, se mêlant aux gouttes d’eau provenant du pommeau de douche. Inconsciemment, je me frottai violemment la peau, cherchant absolument à me décrasser de tout. Ma peau était rouge vif, à la fois du aux nombreuses griffures de colère que je m’étais infligée, mais aussi à cause de la température délibérément bouillante de l’eau. J’avais besoin de cette douleur, et pourtant, je ne sentais rien. Soudain, réalisant que dans ces actes presque désespérés, mon état d’esprit se rapprochait de celui de Till, je réprimai l’envie de vomir et m’arrêta dans toutes mes actions.

Quelques minutes plus tard, je fumais ma cigarette, étendue sur le lit confortable de l’hôtel. Cela faisait maintenant bien deux bonnes heures que j’attendais mon homme, mais il se faisait attendre. Apparemment, l’ambiance de cet After-show devait lui convenir, pour vouloir s’y attarder à ce point…
Je fermai les yeux et laissai mes pensées naviguer vers cet endroit maudit. Je n’avais qu’une crainte, celle qu’une femme  lui mette le grappin dessus. Oh, j’étais sûre à 70% que Paul m’était fidèle. Mais un moment de faiblesse pouvait facilement arriver, j’en savais quelque chose.

Je regardais, pour au moins la cinquantième fois, l’heure, et commençai sérieusement à m’inquiéter. Puis j’entendis un bruit dans le couloir. L’espoir commençait à remonter en moi et je me redressai, laissant tomber ma serviette de bain, qui n’avait jusque-là, pas quittée mon corps. Puis, la porte s’ouvrit, après un ‘clic’ discret, laissant timidement apparaitre un Paul qui se faisait tout petit.
Je souris à cette vision, me retenant presque de me lever l’accueillir.

« Ah...tu es réveillée ? » Me demanda-t-il, s’approchant de moi.

« Non je suis somnambule… C’était bien l’After ? »

Il vint s’asseoir à côté de moi, reluquant avec envie ma fine poitrine, puis retira ses chaussures qui devaient lui peser.

« C’était…barbant. Mais je m’en suis bien sorti…Comme d’habitude quoi.
-Barbant ? Et tu restes autant de temps dans un endroit qui ne te plait pas ? La prochaine fois, tu resteras chez ma mère plus longtemps alors ! » Lui répondis-je avec un sourire.

Il ne répondit pas, et retira son éternel débardeur noir, me laissant admirer son corps de quinquagénaire quasi parfait. Ce n’est que lorsqu’il retira son pantalon, que je me posai une question. Pourquoi l’avais-je repoussé ces derniers temps, alors qu’il me faisait toujours autant vibrer au fond de moi ? Je ressentais tellement de choses contradictoires, craignant principalement que Till ne soit à la base de tout ça. Puis, pour me racheter, je décidai de retirer entièrement la serviette de bain, me dénudant aux yeux de mon mari qui parut surpris. Puis je glissai ma main sur son torse. Il soupira, un son exquis à mes oreilles fragiles. Mais lorsque je glissai mes doigts plus bas, il me stoppa. Et, osant à peine regarder mes yeux qui venaient de se baigner de larmes fraiches, il se glissa sous les couvertures, en murmurant un « Bonne nuit chérie ».

J’éteignis la lumière, un sentiment de colère et de honte emplissant mon être plein de doutes. De toute notre vie de couple, jamais Paul ne m’avait repoussée, encore moins un soir de concert. D’habitude, il disait avoir un trop plein d’adrénaline qu’il lui restait à évacuer, et il prenait mon corps pour Asile. Mais étrangement, pas ce soir. Malgré la confiance que je lui offrais, je ne pouvais m’empêcher de me poser des questions quant à cet After-Show. Lui qui détestait ce genre de fêtes, était resté nettement plus longtemps que d’habitude, alors que quelques minutes avant, je venais de lui refuser un ‘câlin’ sous la douche…

Je ne dormis pas cette nuit-là…n’écoutant que la respiration calme et posée de Paul, ainsi que mes propres pensées. Et lorsque les rayons de soleil percèrent les rideaux, mais pas mon cœur endolori, je me levai discrètement et me dirigea vers la salle de bain. Je fixai mon reflet dans le miroir. Plus le temps passait, plus je me dégoutais. Des rides immondes avaient pris place aux coins de mes yeux verts, mes lèvres, se pinçaient de plus en plus, et ce, malgré moi. Je pris quand même soin de me maquiller convenablement, appliquant sur mes paupières encore bien formées, un fard couleur prune, un trait d’eye liner et du mascara.
Puis j’enfiler de quoi me rendre élégante, avec une jupe noire, des bas mauves et un haut renvoyant à la couleur de mes jambes.
Lorsqu’enfin je fus prête, je sortis de la salle de bain, tombant nez à nez avec Paul, qui me scrutait d’un air fatigué. Puis il sourit, un sourire que je ne lui répondis pas.

« Tu es ravissante chérie. Tu sors ? » Me demanda-t-il, me tendant ses lèvres que j’embrassai sans enthousiasme.
Bien sûr, il le remarqua, et fronça les sourcils, mais ne dit rien sur ça.

« Oui je vais sortir petit déjeuner en bas de la rue-
-Je viens avec toi, attends-moi. »

Intérieurement je riais. De toute évidence, Paul ne voulait pas que je sorte seule. Avait-il peur, lui aussi, de quelque chose ? En l’attendant, je m’assis sur le bord du lit que Paul avait refait impeccablement, et, comme à mon habitude, je scrutai mes ongles.
Puis il sortit à son tour, vêtu d’une chemise blanche et d’un Jeans noir. Il était beau, tellement élégant, tellement atypique par rapport à moi…

Je me levai, et tous les deux, nous nous dirigions vers l’ascenseur.
Alors que nous marchions côte à côte dans la rue, je sentis la main de Paul vouloir prendre la mienne et je dus me livrer à une bataille interne. Savoir si je devais faire ma capricieuse et lui faire comprendre que son comportement de la veille ne m’avait pas plu, ou lui laisser le bénéfice du doute, et continuer à agir en épouse aimante. La deuxième option me parut la meilleure, et je laissai nos doigts s’entremêler, alors qu’un sourire venait d’éclairer le visage de mon mari. La meilleure des récompenses.

Nous nous assîmes à une table reculée, cependant, dos à une baie vitrée. Paul et moi étions en train d’attendre nos commandes quand je vis son visage blêmir, alors qu’il regardait à l’extérieur. Je n’eus pas le temps de me retourner, que Paul me prit les mains, cherchant à attirer mon attention. Je n’étais pas dupe, et, je le lui fis gentiment comprendre.

« Tu cherches à me cacher quelque chose Paul ? »

Il ouvrit ses yeux les plus grands possibles, mais lorsqu’il ouvrit la bouche, une femme, plutôt jeune, vint nous rejoindre. Mes yeux lui jetaient des éclairs, voulant la faire partir, mais, d’une voix enjouée, elle posa une main sur l’épaule de Paul qui sursauta, et s’exclama, d’une voix tout à fait agaçante.

« Oh Paul !! Comme on se revoit !!!! »

Il se retourna vers elle, et rit nerveusement. Moi ? Je ne disais rien, je me contentais d’observer. Puis d’un coup, Paul s’énerva.

« Merde, mais on ne peut pas avoir de moment tranquille en privé !? »

Je retins avec mal un pouffement de rire qui voulait pourtant désespérément sortir, et me mordis les lèvres.

« Pardon ?? Tu ne disais pas ça hier soir Paul… »

Mon cœur eut un raté. Mon cerveau mit du temps à mettre toutes les informations en place, pourtant, je m’efforçais de ne pas comprendre. Et, voyant la mine déconfite de Paul qui n’osait plus me regarder, je me levai de table, lançant un regard glacial à Paul et à sa groupie, et partit. Je me forçai à ignorer la voix de Paul qui me suppliait de revenir…

mercredi 21 mars 2012

Chapitre 2

« Ein Weg, Ein Ziel
Ein Motiv
RAMM-STEIN !
Eine Richtung, Ein Gefühl
Aus Fleisch Und Blut Ein Kollektiv

Wer Wartet Mit Besonnenheit,
Der Wird Belohnt Zur Rechten Zeit.
Nun Das Warten Hat Ein Ende,
Leiht Euer Ohr Einer Legende.

RAMM - STEIN! »

Le concert s’acheva dans une pluie de flashs d’appareils photos, des larmes se mêlant aux cris du public. La performance du groupe fut, encore une fois, un franc succès, et, de là où je me trouvais, je trouvais Rammstein de plus en plus majestueux.
Une dernière révérence, et ils se retirèrent tous dans les coulisses. Je ne tardai pas à me lever de ma place, attendant alors que les vigiles veillant à ma sécurité arrivent.

« Ils m’épaterons toujours ! » S’exclama Khira, qui se tenait à mes côtés.

Je lui souris et l’admirais d’éprouver toujours autant d’amour pour ce groupe. Bientôt, je fus amenée dans les loges puantes de sueur, et une personne tout à fait charmante me proposa une coupe de Champagne, que je refusai poliment. En attendant l’arrivée de Paul, Schneider et Oliver, j’assis sur le canapé de cuir noir, tout à fait confortable, et me mis à scruter mes ongles.
Soudain, j’entendis des bruits de pas et des murmures dans le couloir, mais je ne bougeai pas, j’étais bien là où je me trouvais. Puis la porte s’ouvrit et je vis Doom et Olli rentrer, visiblement satisfaits de leur prestation.

« Tiens Sara, tu as aimé la presta ? » Me demanda Olli pendant que Schneider se dirigeait vers la douche.

Je le suivis curieusement des yeux et répondit hypocritement :

« Oh c’était extraordinaire, comme d’habitude ! »

Mais je ne pouvais le duper. Il me lança un regard qui me fit peur, car plein de reproches.

« Ne te fatigues pas. Je sais que tu n’apprécies plus rien venant de nous… »

J’ouvris la bouche pour lui répondre, mais aucun son ne sortit. Ce n’est que lorsqu’enfin, dans ma tête, je trouvais la bonne répartie, que la porte s’ouvrit de nouveau pour laisser entrer un Paul tout guilleret. Bien sûr, dans son état d’esprit actuel, il ne sentit pas le malaise, et vint se placer à côté de moi sur le canapé. Il déposa un baiser tout à fait chaleureux sur mes lèvres asséchées, plus  par la crainte, que par une quelconque déshydratation, et passa un bras autour de mes épaules.

« Alors Liebchen tu as aimé le concert ? » Me demanda-t-il.

 Je vis Oliver lever les yeux au ciel, et partir. Bien sûr, Paul ne le remarqua pas, et attendait impatiemment ma réponse. Je lui fis ‘oui’ d’un signe de tête, et ceci sembla lui convenir, pour mon plus grand bonheur. Puis, il fit mine de se sentir les aisselles, et avec un rire franc, se leva :

« Ouh, il faut que je prenne ma douche, je commence à sentir la crevette ! »

Je ris grâce à sa plaisanterie. C’était bien pour cela que j’avais aimé Paul. Parce que lui seul avait le don de me faire rire avec des futilités. Il m’avait charmé avec son humour naturel et continuait de m’attirer avec la même méthode. Seulement, au fond de moi régnait encore cette lassitude qui me faisait douter de ma propre bonté.
Comme à mes habitudes, je répondis ‘non’ lorsque Paul me proposa de le suivre dans la douche. Pourtant, il ne semblait pas s’en plaindre.

Enfin seule…mais je ne le fus pas longtemps, bientôt Schneider vint me rejoindre, les cheveux trempés et propres. Il ne me posa même pas la fameuse question qui m’incitait à mentir, je crois qu’il me connaissait bien mieux que ça. Juste un regard entre nous, et il vint se placer à côté de moi, là où Paul avait réchauffé le cuir quelques minutes plus tôt. Il glissa ses doigts hésitants sur  ma joue rosée. Ne vous méprenez pas, ce geste est fraternel. Lui et moi avions, depuis beaucoup d’années, une relation tout à fait unique. Je l’aimais inconditionnellement, et je ne pensais pas faire preuve de vantardise en disant que ce sentiment était réciproque.
Enfin, d’une voix délicieusement douce, il parla :

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette. Qu’y a-t-il ?
-Désolée Doom mais je ne veux pas… »

Il remua la tête, n’en demandant pas plus. Cependant, il prit la mienne, et la posa sur son épaule. Je me laissai faire.

« Allez, détends toi, tu en as besoin. » Me dit-il.

Et je fis ce qu’il me demandait. Je me détendis, laissant mes problèmes de côtés. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de penser à mon mari. Je n’avais qu’une crainte, celle qu’il se transforme en un vieux pépère aigri une fois sa carrière terminée. Rammstein était son essence, sa raison de vivre. Hélas, je ne pouvais me relever au niveau du groupe et lui apporter cette sérénité. Paul m’avait toujours traité en femme au foyer, une épouse modèle. Et, au fond de moi, je savais que, volontairement, il faisait mine de ne pas voir, ni même entrevoir mon désespoir. Combien de nuits avions-nous passé, tous les deux de notre côté, les yeux grands ouverts, alors que nous avions prétexté une fatigue soudaine. Evidemment, je savais très bien que lui aussi se posait des questions, seulement, même après tant d’années de mariage, je ne pouvais lire ses pensées, même si je pouvais me vanter de bien le connaitre.
Sans même le sentir, mes pensées divaguèrent vers un lieu que je n’avais pas exploré depuis des nuits. Je m’endormis là, sur l’épaule de Doom qui me caressait les cheveux.
Je n’entendis pas Paul revenir dans la loge. Ce n’est que lorsque je sentis mon corps s’allonger avec l’aide de plusieurs bras, et une paire de lèvres sur mon front, que j’ouvris les yeux, m’offrant la vue d’un mari aimant.

Paul me souriait tendrement, ce sourire que j’aimais tant. Puis il me demanda de rentrer me reposer à l’hôtel, qu’il me rejoindrait après l’After-Show. J’acquiesçais à contre cœur, n’aimant pas ce système d’après – concert. Malgré tout, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver de la jalousie. Des femmes, pour la plupart dénudées, allaient le toucher, parfois même sans limite, et j’étais impuissante.

Je repartais de cet endroit hostile à mon calme, quand, passant à côté d’une porte, j’entendis une voix, une voix que je connaissais bien : Till.
Curieuse de nature, je m’arrêtai, et planta mon oreille sur la paroi glacée. Il semblait être au téléphone. Je savais très bien que je ne devais pas faire ça, que je ne devais pas écouter, mais c’était plus fort que moi.

« Très bien…………….Tu me rejoins dans une semaine !?!..........Bien sûr, je comprends……Hum hum……..Si tu le dis………Oui c’est ça……..Merci……….Moi aussi……A bientôt. »

Puis j’entendis un bruit sourd, sans doute le téléphone que Till venait de renvoyer dans le décor. Mais je n’eus pas plus de temps pour y songer, car je me trouvais nez à nez avec cette masse imposante de muscle, et toujours ce regard, si puissant. Il fallait que je décampe au plus vite, mais, lorsque je commençai à partir, Till me saisit par le bras, me forçant à me retourner vers lui, et m’entraina dans sa loge.
Mon cœur battait à cent à l’heure, craignant d’être grondée comme une petite fille prise en flagrant délit de vol chez un marchand de bonbons.
Ses yeux me jetaient des éclairs et je me sentis soudainement très mal.  Puis, d’une voix rauque et sévère, Till me demanda :

« Dis-moi, ça t’arrive souvent d’écouter aux portes ? »

De la lave en fusion obstruait mon cerveau, car je ne sus quoi répondre à ça. Je ne faisais que balbutier des paroles incompréhensibles, puis, je vis Till se rapprocher de moi, un sourire dangereux affiché sur son visage ridé et balafré.

« A moins que ma compagnie ne soit si indispensable pour toi…Tu voulais peut être que je te prenne la main dans le sac… »

Mon cœur eut un raté. Instinctivement, je reculai à chacun de ses pas vers moi, mais je me retrouvai bien vite dos au mur. Et Till s’en satisfaisait de tout son orgueil. Lorsqu’enfin il atteignit mon niveau, il posa ses mains de part et d’autre de ma tête, son visage à seulement quelques centimètres du mien, et je me sentais en danger. Oh, je savais qu’il n’allait pas me faire de mal, mais je me sentais défaillir petit à petit. Ce n’était que lorsque je le vis ouvrir la bouche que je me glissai sous son bras, et courut presque, vers la sortie, alors que j’entendais son rire résonner dans le couloir…

Chapitre 1.

- OCTOBRE 2014 -

La vie de tournée ne m'enchantait guère. Je regardais Paul gratter les cordes de sa Gipson Les Paul, toujours admirative devant son acharnement à vouloir tout bien faire. Le groupe de mon mari préparait leur tournée d'adieu et une tension malsaine été palpable. Till était sur les nerfs, s'en prenant après tout le monde, et plus particulièrement sa compagne. Richard quant à lui, s'en fichait complètement, de toute évidence, il avait mieux à faire. Heureusement pour Rammstein, Flake, Oliver et Doom portaient à eux 3 la lourde tâche de faire tourner le groupe dans les meilleures conditions.
Moi? Je participais passivement à la faible lueur d'entente restant encore au sein de la fratrie. Combien de fois m'était-il arrivé de séparer untel ou untel, pendant une discussion plus que mouvementée ? Combien de fois m'étais-je retrouvée au beau milieu d'une altercation où les deux protagonistes me demandaient, à l'unisson "est-ce que j'ai tort ??". Bien sûr, étant moi-même une pacifiste de nature, soit je fuyais, soit je prenais parti pour 'le plus offrant', ce qui était, pour la plupart du temps, soit mon mari, soit Till, qui lui, m'impressionnait.

Alors que je scrutais mes ongles, assise tranquillement dans les gradins, la musique s’arrêta, et un gros 'pouf' vint me tirer de mes pensées. Puis, une main sur ma cuisse. Je reconnus la gourmette épaisse de Paul, et je le regardai alors, souriant. Malgré l'épuisement, creusant d'avantage les rides qui ornaient le bord de ses yeux, il continuait de donner de sa personne pour satisfaire les admirateurs de Rammstein. Je le vis rapprocher sa joue, mimant un comportement enfantin -qu'il avait naturellement d'ailleurs- puis me demanda de lui faire un bisou. Je lui offris ce qu'il attendait, et il repartit sur scène, l'air apparemment revigoré.

Cela faisait maintenant près de 2 heures que j’observais le groupe donner le minimum d’eux même, voulant se réserver pour le concert à venir, et je dus m’avouer que la lassitude me rongeait. Pour moi, cette vie était une routine, même si pour des personnes ‘ordinaires’, je n’aurais tout juste le droit de me plaindre. Je comprenais bien, lorsque mes amies me disaient, d’un air tout à fait détaché, que je faisais ma fifille pourrie gâtée, mais ce brouhaha ne correspondait plus à mes attentes.
Je contemplai, depuis maintenant plusieurs minutes, ma montre, espérant que les heures passent plus vite, mais je me leurrais. Ce n’était qu’au bout d’une vingtaine de minutes, que je vis Paul me rejoindre, suivi de près par un Till tout dégoulinant de sueur, et un Flake plus qu’amusé. Instinctivement, je me levai et les félicitai pour leurs efforts, ce qui fit rire Flake qui s’exclama :

« Des efforts ? En répétitions ? Non… Tu nous féliciteras ce soir. »

Je lui souriais, lui faisant comprendre que bien évidemment, il aura droit à ses congratulations. Mais Paul passa un bras autour des épaules, me murmurant à l’oreille :

« Viens, on s’en va…Ça te dit d’aller manger à un petit resto avant de revenir ici pour le concert ? »

Je ne voulais pas sortir, ni m’afficher. Pourtant je ne voulais pas risquer de le décevoir, alors, en épouse parfaite, j’approuvais sa demande. Paul prit le temps de prévenir ses comparses, et ce fut tout à fait au gout de Till qui ajouta :

« Ah mais si vous sortez diner, vous ne verrez pas d’inconvénient à ce qu’on se joigne à vous ? »

Je sentais bien que l’enthousiasme de Paul venait de disparaitre. Il voulait passer un moment en tête à tête avec moi, cependant, je ne refusais pas les compagnies plus qu’agréables de Till et Flake.

Je regardai avec dégout ce qui trainait dans l’assiette de mon mari. Il avait un don certain pour ne pas se laisser abattre par l’apparence de certains aliments locaux. Pourtant, sur la viande parfaitement découpée en cube, une sauce marron se déversait, me donnant des envies de vomir. Je vis Till ricaner, rien ne lui échappait à lui, et lorsque je détournai les yeux pour les plonger dans les siens, il se dissimula derrière un sourire narquois, une lueur de moquerie brillant dans ses yeux bleus.
Un silence de mort régnait, où seuls les tintements des couteaux et fourchettes rompaient, avec insolence, cette ambiance pesante. Cette atmosphère existait depuis l’annonce de leur fin de carrière. La décision n’avait pas été unanime, mais Till, se trouvant trop ridicule de par son âge, voulait absolument, et contre vents et marées s’il le fallait, se retirer définitivement dans sa réserve de hérons. Bien sûr, Paul avait respecté sa décision, même si elle ne l’enchantait guère. Pendant toute une soirée, j’avais supporté ses complaintes incessantes.

« Tu te rends compte !? On va devenir quoi nous maintenant ?? A plus de 50 balais on ne sait rien faire !! » S’était exclamé Paul en rentrant à la maison, furieux.

J’avais relevé la tête de mon journal, et tentais tant bien que mal de le calmer. Je l’avais pris dans mes bras alors que lui me serrait à peine, il était tendu comme jamais. Je le comprenais au fond de moi, Rammstein était toute sa vie, et lui avait apporté bien plus de choses que n’importe quoi d’autre.

« Allons chéri, tu vas pouvoir te reposer un peu, tu en as besoin.
-Me reposer oui, mais après ? Je ferai quoi quand je sombrerai dans la dépression ? Tu ne peux pas comprendre… »

Il avait raison, je ne pouvais pas comprendre. Je me contentais de fermer la bouche, et de l’écouter se plaindre encore et encore…

Aujourd’hui, ces silences me pesaient. Que ce soit Flake, Till ou Paul, aucun ne parlait, je me demandais même pourquoi ces deux-là avaient tant voulu nous suivre au restaurant. Sans doute de peur de s’ennuyer, non, n’importe quoi. Je me surpris à rire sur cette pensée, et attirai simultanément tous les regards.

« Je peux savoir ce qui te fais rire ? Me demanda un Flake qui avait curieusement perdu tout son sens de l’humour.
-Oh pas grand-chose…J’ai juste connu des veillées funéraires plus amusantes que ce fichu repas. »

Sur ces belles paroles, je décidai d’ignorer le regard glacial de Paul, et me levai. Soudain, je sentis une main attraper mon poignet. Une forte poigne et je dus baisser les yeux, sachant tout de même qui venait de me ralentir. Derrière moi, Paul bondit de sa chaise, prêt à faire feu si Till ne me faisait du mal. Il ne fit cependant rien, juste avec ses iris puissants, il me fit rasseoir. Paul suivit le pas malgré lui. Je sentais bien qu’il lui fallait un peu d’ambiance pour ne pas s’énerver tout seul. Sous la table, je sentis sa main se poser sur ma cuisse, se voulant rassurante et compatissante. Puis Till parla :

« Ce silence nous est nécessaire. Entre nous, il n’y a pas besoin de mots pour se comprendre. »

Flake hocha la tête, et Paul le regarda étrangement.

« Et les sourires c’est uniquement quand tu es constipé, ou est-ce qu’il y a d’autres occasions où on peut voir tes jolies dents ? »

Ma répartie sembla choquer mon propre mari, et je ris intérieurement. Je savais titiller Till et Christian. Au bout de tant d’années, et malgré ce qu’ils semblaient croire, je commencer à bien les connaitre. Je savais quoi dire pour provoquer Till, et quoi faire pour troubler Christian. Till se recula un peu plus dans sa chaise, prenant alors l’air renfrogné.
La tension reprenait place, quand le serveur vint nous apporter le dessert. Bien sûr, surveillant mon régime, je ne pris rien. Paul et Flake non plus. Mais, c’était sans compter sur le vorace en face de moi qui avait choisi le dessert le plus crémeux possible.
Soudain, et sous les yeux de Paul qui n’en demandait pas tant, Till se lécha le pouce où il avait laissé de la crème chantilly, ne manquant pas de bien me montrer toutes ses dents d’une manière tout à fait suggestive. Je détournai le regard, me sentant rougir. Et Till m’acheva.

« Il y aurait des tas de façons où je pourrais te montrer mes dents, mais je n’oserais les énumérer à une femme mariée…encore moins à une femme mariée à un de mes meilleurs potes, n’est-ce pas… »

Je regardai mon mari, qui lançait des regards assassins à Till, visiblement satisfait de lui-même, alors que je sentais sa main se resserrer, presque douloureusement, sur ma cuisse…

samedi 17 mars 2012

PROLOGUE.

Je m'affairais à la tâche, rangeant une vaisselle qui s'entassait depuis déjà des mois. Exceptionnellement, j'avais suivis mon mari dans son travail Ô combien fatiguant. Il estimait depuis quelque temps que, en femme modèle, je me devais de lui apporter du réconfort après ses longues journées de labeur.

Bien évidemment, j'étais rentrée un jour plus tôt, le temps de ranger notre chez-nous, pour que Monsieur puisse se sentir à l'aise. Mais, au fond de moi, je ne me sentais pas enthousiaste. Oh, j'aimais mon mari, j'aimais le train-train quotidien d'une vie de couple des plus classiques. Mais ces derniers temps, une lassitude fit son apparition dans mon cœur, et je me sentais mal pour mon mari. Mal de penser qu'il me rendait nostalgique des vieux jours, mal de penser que, malgré sa vie de 'Rock Star', il n'était en fait qu'un malheureux pantouflard. Étonnamment, il continuait de m'aimer éperdument, malgré nos disputes incessantes, malgré mes remarques désobligeantes pour lui faire comprendre que son amour obsessionnel m'étouffait...

Passant devant notre living, j'observais avec mélancolie notre photo de mariage. Nous avions l'air tellement heureux. Un sourire radieux illuminant nos visages, alors qu'il me tenait amoureusement dans ses bras. Ses cheveux, tout juste coupés pour l'occasion, me faisaient toujours autant rire. "Un moine" comme le disaient mes amies. Pourtant, elles étaient toutes jalouses de l'amour qu'il me portait. En éternel homme-enfant qu'il était - et qu'il est toujours - il avait mis près de 3 mois avant de faire le premier pas pour me déclarer sa flamme. Il s'y était pris comme un adolescent, m'invitant au cinéma, me regardant plus que le film en lui même, alors que je faisais mine d'être inspirée par l'histoire. Pendant un instant du film, qui se voulait terrifiant, je ne bougeais pas, mais Paul, en gros gamin potentiel, joua alors la fille apeurée, et se serra contre moi. Je ris de sa réaction, mais lorsque je plongeais mon regard dans le sien, son air innocent me fit chaud au cœur, et je ne retins pas l'envie de l'embrasser...

Seulement quelques mois plus tard, alors que nous vivions un amour fusionnel, Paul m'avait demandé ma main, et j'acceptais d'embrasser cette vie de nomades, tout en sachant que mon Paul, était en fait LE Paul Landers, guitariste de Rammstein...