mercredi 21 novembre 2012

Chapitre 6


« Paul, s’il te plait, parle-moi. » Demandai-je, la voix tremblante et mes yeux larmoyants.

Cela faisait maintenant près de cinq minutes que j’avais rejoint mon mari dans sa chambre. Je l’avais trouvé sur le lit, allongé sur le dos, les yeux clos. Sans bruit, je m’étais alors approchée de lui, et l’observai. Sa chemise blanche était légèrement relevée sur sa taille, laissant son ventre à l’air libre. Je me surpris à sourire à cette vue, il était magnifique.
Mais il avait ouvert les yeux, et je ne pouvais le regarder plus longtemps ; car une intensité insupportable venaient de remplacer la douceur de ses iris.

« Je ne sais pas quoi dire Sara. J’ai peur qu’il n’y ait rien à dire, nous avons fait des erreurs tous les deux, impardonnables pour ma part, je sais. Et je sais que je t’ai perdue, mais ne me torture pas avec ta fausse compassion. » Me répondit-il après s’être assuré d’être à nouveau présentable.

‘Je t’ai perdue’ qu’il m’avait dit. Il pensait réellement qu’entre nous, plus rien n’était sauvable. Mais pourtant, j’avais une irrésistible envie de le prendre dans mes bras, de le forcer à me regarder dans les yeux pour lui faire voir tout l’amour que je lui portais. Et par-dessus tout, je voulais tellement l’embrasser. Puisque les mots ne suffisaient plus, et me paraissaient alors si dérisoires, les gestes allaient surement être plus convainquant. Aussi, et dans un instinct tout à fait animal, je saisis son visage refroidit par des larmes pourtant sèches, et m’emparai, avec force, de ses lèvres.

Paul ne réagit pas, et je crus avoir fait une erreur. Or, lorsque mon esprit eut assimilé ce rejet, et que je m’apprêtais alors à mettre fin au baiser, mon mari poussa un léger gémissement qui, à la fois me fit chaud au cœur, mais qui aussi, me fit du mal. J’y entendais de l’envie, mais sentis aussi le gout du désespoir lorsqu’enfin, Paul eut saisi ma nuque, et plongea sa langue dans ma bouche.

Sans attendre, je pris les devants, et le força à se rallonger sur le lit, nos lèvres toujours en contact. Mes battements cardiaques venaient d’accélérer la cadence lorsque les mains de mon mari trouvèrent refuge sur mes hanches, les agrippant avec force pour me faire grimper sur lui dans un élan de désir. Bien sûr, et dans une envie de recoller les morceaux avec lui, je ne fis pas prier. Je me mis à califourchon sur lui, déboutonnant avec hâte les quelques boutons de sa chemise, qui me séparaient de sa peau qui m’avait tant manquée.

« Je veux te faire l’amour Sara. Te prouver que tu es la seule femme que j’aime… » Me dit Paul, alors qu’il me débarrassait de mes collants, avec des gestes tendres et calculés.

Je sentais bien qu’il voulait que nos retrouvailles soient parfaites. Il avait l’air concentré et à la fois passionné, tant il passait du temps à caresser chaque centimètre de ma peau.
Entre chaque baisers brûlants, je l’entendais murmurer des paroles, pour la plupart incompréhensibles, mais je n’eus cependant, pas de mal à entendre les nombreux « je t’aime ».
Enfin, lorsqu’il se replaça sur moi, ce n’était que pour saisir ma cuisse, la remontant lentement pour, finalement, la coller contre sa hanche. Puis, dans un soupir mutuel, il me pénétra avec une tendresse subtile, et j’eus la confirmation que les mots étaient inutiles, nous avions tout dit.
Une dernière poussée frénétique, et Paul jouit dans un dernier soupir puis tarda à se retirer, voulant profiter de chaque secondes de l’union de nos deux corps.
Ce fut plus qu’un acte sexuel, je pouvais le sentir à chacun de ses coups de rein, il transpirait l’amour, et il m’était impossible de rester insensible à cela. Cependant, et ce à plusieurs moments, je ne pouvais m’empêcher de voir cette image. Elle me hantait. Même sans l’avoir vu, je voyais en moi le film de l’adultère de mon homme. Je ne cessais de penser que la veille, il avait eu des rapports physiques avec une fan.

Depuis maintenant un bon quart d’heure, je regardais Paul dormir. Il était si beau, si paisible, comme si rien ne pouvait l’atteindre, et je souris en regardant son visage angélique. Depuis le premier jour je savais que lui et moi étions faits l’un pour l’autre, il ne pouvait en être autrement.
Je me remémorais avec nostalgie nos premières fois. Notre premier baiser, qui n’avait rien de romantique, même si le cadre avait été idéal. Puis il nous a fallu attendre encore des semaines avant de faire l’amour, là non plus, rien ne s’était passé comme prévu, mais cela restera un des plus beaux souvenirs de ma vie.
Mais je me souvins surtout de notre première dispute, avant même que nous étions un couple.
Une crise de jalousie de Paul en me voyant avec mon petit copain de l’époque. Oh je me souvenais de son regard perdu quand il m’avait vu arriver main dans la main avec Peter. Je reverrai toujours cette image-là de ce qui allait être mon mari, un bouquet de roses bleues à la main, m’attendant dans un coin du Treptower Park.
J’avais eu à peine le temps de remarquer la disparition de son sourire, que celui-ci était déjà réapparu, de force, bien entendu, me chantant un « Oh je sais que celles-ci sont tes préférées !!  Joyeux anniversaire Sara ! »
Mon anniversaire était pourtant, dans un peu plus de cinq mois…

Je compris alors comment notre relation fonctionnait. Sur des malentendus ou des non-dits. Si seulement à l’époque, Paul m’avait déclaré sa flamme coute-que-coute, même devant Peter, au risque de se prendre une châtaigne, j’aurai compris depuis déjà bien longtemps que cet homme serait l’homme de ma vie, et que rien n’allait lui barrer la route pour m’obtenir. Or, et ce à cause de son manque évident de courage, je ne l’avais toujours vu uniquement comme mon ami idiot et drôle.

Aujourd’hui, rien n’avait changé. Paul laissait faire les choses, même celles qui devaient être réglées. Mais il laissait toujours faire le temps, déniant le fait que certaines s’empiraient, sans jamais en parler. Voilà où toute cette gaminerie nous avait menés. En le regardant, je sentais mon cœur battre au rythme de l’amour que je lui portais, pourtant, une chose me retenait de me livrer corps et âme à lui, surtout avec les erreurs récentes.
Je lui donnais une seconde chance, pour sauver notre mariage, et surtout, pour ne pas le laisser tomber à un tournant si décisif de sa vie, mais je ne voulais toutefois pas tomber dans de la pitié malsaine.
Je dus admettre à contrecœur, que la veille, Till m’avait incroyablement attiré. Grâce, et pour Paul, j’avais eu cette résistance à la tentation, mais l’aurai-je toujours autant, quand je voyais le mal que j’avais eu à faire l’amour avec lui, sans voir le visage de cette jeune femme dans ma tête ?

Pourtant je voulais me battre pour Paul. Je ne pouvais me résoudre à le laisser, car je ne savais que trop bien ce dont il aurait pu être capable de faire pour me récupérer. Sous cet air si malicieux et enjoué, se cachait une vérité beaucoup plus terrifiante. Mon Paul était un homme aux incertitudes écrasantes, souvent mépris en lâche, ce qu’il n’était cependant pas.

« Tu n’arrives pas à dormir chérie ? »

Sa voix fatiguée me sortit de mes pensées. Et lorsque je le vis, tourné vers moi, se tenant sur son coude et la mine inquiète, je ne pus me retenir de l’embrasser, comme pour le rassurer.

Voilà donc tout ce dont j’avais à lui offrir. Une attention dévouée et sans faille pour apaiser ses souffrances. Je ne pouvais laisser rien ni personne se mettre au milieu de notre couple.

C’était pour cela que je pris la décision, et ce, le plus rapidement possible, de parler à Till, pour éclaircir les choses avec lui. Je ne pouvais vivre mon histoire en paix, tant que ce rapace nous tournait autour.





dimanche 11 novembre 2012

Chapitre 5.


 « Oui bien-sûr, entre donc ! » Me dit Schneider, cachant tant bien que mal son ton inquiet.

Christoph avait toujours su m’apporter cette oreille attentive qui me manquait tant. Dès les premières disputes sérieuses avec Paul, il avait su écouter sans broncher, mes complaintes incessantes. Cette pensée me fait réaliser d’ailleurs, que je ressemblais de plus en plus à mon mari : toujours à me plaindre.

Après l’altercation avec Till, j’avais couru dans ma chambre d’hôtel, cherchant alors à fouiller dans les pensées les plus profondes de mon mari. Mais comme à son habitude, Paul était resté muet comme une tombe, les yeux perdus dans le néant. De nervosité, il jouait avec le bord de son débardeur, le déformant assez rapidement. Je l’avais supplié de me parler, répétant alors l’action de ce matin-même, inversant cependant les protagonistes.
Ce que je ne réalisais pas encore, c’était que, grâce à Till, je venais de passer du statut de victime, à celle de coupable. Mais coupable de quoi ? D’avoir voulu repousser ce charmeur de pacotilles ? Coupable de ne pas avoir sauté dans les bras de Paul, lui pardonnant son écart de conduite ? Lorsque, en plongeant mon regard dans le sien, froid et vide, je compris alors que ma place n’était pas auprès de lui, et partit dans un silence le plus total.

« Je crois que je veux divorcer Chris… » Dis-je à mon ami, en fondant en larmes.

Le batteur ne savait pas comment s’y prendre, et je le sentais bien. Il n’avait jamais été très adroit avec les gestes réconfortants. Cependant, je fus agréablement surprise lorsque je sentis ses bras m’entourer de leur chaleur. Je fus immédiatement bercée comme un bébé, alors que sa voix, douce mais grave, me murmurait de me calmer.

Si Paul avait été là, je savais ce qu’il aurait pensé. Son esprit tordu et paranoïaque aurait insinué que je cherchais à charmer Schneider. Chose qui, d’ailleurs, s’était déjà produite à maintes reprises.
Je me souvins des longues nuitées à essayer de faire comprendre à mon charmant et jaloux de mari, que son collègue était comme un frère pour moi. Un homme sur qui je pouvais toujours compter pour extérioriser mes peurs les plus profondes. « Mais tu peux aussi te confier à moi ? Je suis ton mari, non ? » Oui, Paul était mon mari, mais il n’avait jamais compris qu’il était aussi la cause de mes soucis.

« Tu veux que je te prennes quelque chose à boire ? Un thé, café ? »

De nouveau, la voix de Christoph m’extirpa de mes souvenirs, et lorsque je levais les yeux vers lui, j’aperçus une faible lueur de crainte et d’incertitude briller dans les siens. Schneider n’était certes pas habile avec les mots, mais ses iris parlaient bien plus qu’il ne voulait croire. Seules les personnes fermées d’esprit ne voyait que la façade glaciale qui entourait ses pupilles, pourtant moi, je voyais bien plus que ça. Je voyais en ce moment-même de la compassion, de la douleur, et de l’amour.

Je savais bien que cette situation le déchirait comme jamais. Paul était son ami le plus proche, tout comme moi. Lorsque nous étions fraichement mariés, tout allait pour le mieux, et nous avions alors passé nombre de soirées entre couples, à rire et à s’amuser. Mais le bonheur fut de courte durée, car lors de nos premières disputes, j’avais accouru chez le batteur pour me vider la tête de toutes les horreurs qui étaient sorties de la bouche de Paul. Ce que je n’avais pas su à l’époque, c’était que mon mari, de son côté, s’était lui aussi confié à Christoph…
Avec le recul, je le plaignais, et me sentais même coupable de lui infliger tout ça. Aujourd’hui, il se retrouvait au milieu de notre couple, assistant impuissamment à un divorce imminent.

« Ne t’en fais pas pour ça, Sara. Un ami est là pour écouter. Tu peux compter sur moi pour garder tes secrets… »

Apparemment, lui aussi savait lire en moi comme dans un livre ouvert. A ces mots, je sentis des larmes toutes fraiches se former dans mes cornées, et Chris me reprit dans ses bras.

« Je suis tellement désolé. Si seulement je pouvais faire quelque chose pour toi… » Me dit-il, une once de remords se faisant entendre.

« Tu n’y es pour rien Chris. Tu n’es pas responsable des actes de tes collègues… » Lui répondis-je entre deux sanglots.

Il hocha la tête, approuvant mes paroles. 
Un long moment de silence, ou seuls le rythme cardiaque paisible de Schneider me retenait encore à la réalité. Tellement de larmes versées, tellement de questions sans réponses, tellement d’incertitude pour mon avenir. Qu’allais-je devenir si je quittais Paul ? Malgré la rancœur que je ressentais lorsque je l’imaginais lui, faire l’amour à une autre femme que moi, je savais que mon cœur lui appartiendrait toujours.
Mais Paul était insensible à cela. Même si je savais que ses sentiments pour moi étaient forts, je ne pouvais me résoudre à me dire qu’il m’aimait autant que moi. Sinon, pourquoi aurait-il été voir ailleurs ? Je voulais bien croire en l’éternelle faiblesse des hommes, mais étrangement, lorsque cela me touchait de près, mon jugement se retrouvait aussitôt altéré.
Au fond de moi, je savais que la carrière du groupe leur floutait la réalité. Ils se croyaient tout permis, au-dessus de toutes lois, et de toutes éthiques.
Même l’homme droit et honnête qu’était Christoph n’avait pas su résister à cette immonde créature qu’était l’infidélité. Aujourd’hui, en homme officiellement célibataire, il se rendait bien compte de la valeur d’un couple aimant, et faisait tout son possible pour aider son prochain.
Je l’admirais tant. Si j’avais pu trouver un homme comme lui…
Pourtant Paul représentait la perfection à mes yeux. Il avait tout pour lui ; il était drôle, avait une beauté qui lui était propre, il était loyal et passionné. Pourquoi avait-il autant changé ? Quelles circonstances l’avaient fait écarter du droit chemin ?

Ce fut en ce moment précis que je commençai à douter de moi, de mon ‘innocence’. Paul m’aurait-il trompé si j’avais su me montrer plus tendre et affectueuse avec lui ? Je savais qu’au fil de ses derniers mois, je n’avais pas été irréprochable. Au contraire, je devais avouer que j’avais tourné le dos à toutes sortes de bienséance en ce qui concernait le mariage. Je m’étais clairement transformé en une mégère aigrie et malheureuse, influençant tous les êtres gravitant autour de moi. J’étais effectivement une onde négative pour Paul, pourtant, il semblait si loin de tout ça, comme si rien ne pouvait l’atteindre, comme s’il ne réalisait pas mon changement subit de comportement.
Maintenant, je sus que j’avais perdu Paul à jamais…

« Tu crois qu’il m’aime encore ? » Je me risquai à poser cette question au seul homme capable de sonder mon mari. Et je redoutais sa réponse.

Pourtant, Schneider me regardait comme si j’étais une décérébrée. Je devais sans doute avoir heurté une corde sensible. Puis, en un quart de secondes, ses paupières passèrent du statut ‘écarquillées’ à ‘étroitement fermées’, et ses lèvres suivirent le mouvement.
J’avais peur.

« Bien sûr qu’il t’aime ! Je n’ai jamais vu un homme aimer sa femme comme ça ! Comment peux-tu douter de lui ? »

Si seulement Christoph pouvait me comprendre en ce moment précis. J’eus alors un gros doute sur son ignorance des faits. Etait-il au courant de l’adultère de Paul ? Ce qu’il semblait ne pas savoir, c’était que jamais, je n’aurais douté de Paul, jamais.

« Ce n’est pas de Paul que je doute, mais de moi Doom. Il m’a trompé tu comprends ? J’ai dû faire une erreur, une chose qui l’a repoussé dans les bras d’une autre ! »

Dès lors que le dernier mot fut sorti de ma bouche, j’eus la certitude que Christoph n’était pas au courant de la tromperie dont j’avais été victime.
Il balbutia des paroles incompréhensibles, entre lesquelles je compris des excuses, des « Oh putain », et autres injures. Il semblait être sous le choc. De toute évidence, il était loin de l’image que lui renvoyait Paul, et je venais de lui ouvrir brutalement les yeux.
Et, une fois de plus, je me sentis coupable. J’eus cette peur indescriptible de briser un lien entre les deux meilleurs amis. Une fois de plus, je n’étais pas la victime, et je me dégoutais.

Finalement, peut être que je ressemblais plus à Till que ce que je voulais bien croire. Till n’avait aucune limite, aucune valeur de l’amitié et de l’amour. Le chanteur, sous ses allures de poète, cachait une vérité terrifiante, je le savais. Inconsciemment, je voulus me gifler de penser à lui dans un moment si critique…

Une bataille interne venait de débuter. Une partie de moi voulait à tout prix récupérer l’être qui comptait le plus pour moi, l’autre partie voulait lâcher prise, pour le laisser vivre son bonheur.
Je me levai du lit de Schneider, le remerciant brièvement, et partis d’un pas décidé, vers la chambre de Paul, où ma valise m’attendait…





samedi 10 novembre 2012

Chapitre 4.


Je claquai la porte de la chambre d’hôtel, mon visage baigné de larmes. Certes, je n’avais pas laissé le temps à Paul de s’exprimer sur les allusions de cette fille, mais cela me suffisait. Hors, il ne fallut pas beaucoup de temps avant de le voir rentrer en tombe dans la pièce. Il était essoufflé et toujours magnifique, malgré la colère qui ruisselait par tous les pores de ma peau, je ne pouvais m’empêcher de l’admirer. Mais lorsqu’enfin je décidai de parler, ma voix fut aussi glaciale que l’Antarctique.

« Je m’en vais. Tu vas pouvoir faire ce qui te chante. »

Il semblait avoir pris racine, pourtant, son regard ne vacillait pas. Il m’interrogeait, cela était évident, suppliait presque, et je dus  prendre sur moi pour ne pas faire l’idiote en me jetant dans ses bras. Puis, je tournai les talons, me dirigeant vers ma valise qui n’attendait que mes affaires.
Enfin, Paul réagit. Il balbutia des paroles incompréhensibles, puis s’avança d’un pas hésitant vers moi. Alors que je faisais mine de l’ignorer complètement, je sentis sa main se poser sur mon épaule, me retournant vers lui. Ses iris bleutés se retrouvaient encerclés par des cornées rougies par des larmes toutes fraiches, et soudainement, il me semblait avoir pris vingt ans au compteur. Toute trace d’innocence avait quitté son visage, ne laissant place qu’à la maturité due à son âge.
Cependant, je me demandais si cette même maturité avait aussi quitté son cerveau, parce que son silence était digne d’un voleur pris la main dans le sac.
Je vis ses lèvres s’ouvrir légèrement, pour se refermer précipitamment. Mais, et ce contre ma volonté, mes cordes vocales entamèrent la conversation, cette confrontation inévitable.

« Pourquoi, Paul ? » Lui demandai-je d’une voix tremblante.
« Je suis tellement –
- Désolé ! Oui, je sais, et encore heureux ! » Lui répondis-je, avant même qu’il eut le temps de finir sa phrase.

Paul baissa les yeux, où une larme venait de s’échapper. La culpabilité, elle était inscrite sur tous les centimètres de sa peau. Pourtant, au plus profond de moi, j’espérais encore que mon mari me dise qu’il ne s’agissait que d’un malentendu, que je me faisais des fausses-idées. Pour la première fois de ma vie, j’aurais été la plus heureuse d’avoir tort. Cependant, mon intuition ne m’avait pas fait défaut. Paul m’avait bel et bien trompé, avec une jeune fille en fleur, et je me détestais encore plus, moi, mes rides et mes taches de vieillesse.
Epuisée, je me laissai tomber sur le bord du lit, plongeant ma tête dans mes mains. Je ne voulais plus que Paul me voit, je ne pouvais plus supporter son regard sur moi.
Après quelques longues secondes de silence pesant, je sentis le lit bouger, et je sus qu’il s’était placé à mes côtés. Hors, lorsque je sentis ses bras glisser faiblement autour de mes épaules, un réflexe auto protecteur me le fit repousser violemment. Le désespoir semblait alors l’habiter, et la seule chose qu’il trouva alors à faire, c’était de m’empoigner fermement, me forçant à le regarder.

«J’ai fait une erreur, et j’en suis profondément meurtri. Je sais que je n’aurais pas dû succomber à la tentation, mais je suis un homme Sara ! Qui mieux que toi peut me comprendre !? Je vois bien à quel point tu as du mal à résister à ce con de Till ! Mais je ne t’ai jamais fait de reproches !

-Comment oses-tu !? Comment oses-tu me dire ça, Paul !? Comment oses-tu faire preuve d’autant de mauvaise foi !? Grandis une bonne fois pour toute ! Certes, Till est attirant, mais il n’est pas irrésistible ! Jamais, tu m’entends, jamais je n’ai couché avec lui, ni avec aucun autre homme que toi, Paul ! Pourtant Dieu seul sait à quel point je pourrais me laisser tenter quand on voit avec quel dédain tu me regardes quand il s’agit de m’offrir ton intimité ! Alors tes reproches, tu te les garde ! »

Bien sûr, Paul avait de nouveau la tête baissée. Je venais de marquer un point, bien évidemment, il le savait qu’il ne pouvait pas me renvoyer tout ça au visage sans que je ne me défende. Ce qu’il semblait ne pas savoir, c’était que, la veille, j’avais lutté comme jamais pour ne pas faire la même erreur que lui. Mais ce fut ce qui me différenciait de lui, moi, j’avais su résister, malgré tout le mal que cela m’avait procuré.
Un ange passa…

« Je t’en supplie, pardonne-moi… Ne me laisse pas… »

La faible voix de Paul me brisa le cœur, je savais que je ne devais pas me laisser charmer par sa tristesse, mais comment aurait-il réagi si les rôles avaient été inversés ? M’aurait-il laissé une seconde chance ?
Je n’aurai jamais dû me poser cette question, car aussitôt celle-ci m’avait traversé l’esprit, aussitôt la réponse me fit presque vomir. Bien sûr que Paul m’aurait pardonné. Il m’aimait d’un amour inconditionnel. Il aurait, certes, eu du mal à digérer, mais jamais, il ne m’aurait laissé tomber…
Je me levai lentement, sans même poser mes yeux sur lui, et je lâchai doucement, en me rapprochant de la porte :

« Il faut que je réfléchisse, j’ai besoin de temps. »

Je me rendis dans le lobby de l’hôtel, profitant du peu d’affluence que celui-ci recevait, pour me détendre dans l’espace salon de thé. J’étais consciente de ma tenue, je n’étais pas du tout présentable. Hormis mes vêtements qui restaient potables, ma figure, elle, se devait de rester cachée à jamais. Mon maquillage, pourtant si discret ce matin même, avait coulé le long de mes joues ; mon rouge à lèvre avait partiellement quitté mes lèvres, et mes cheveux…je n’étais même plus coiffée.
Depuis quelques minutes, je sirotais tranquillement mon Earl Grey, tout en sentant ma mauvaise humeur se dissiper peu à peu, mais bien sûr, ce calme fut de courte durée.

« Puis-je me joindre à vous, charmante Dame ? »

Encore lui. Je savais bien qu’il résidait au même endroit que Paul et moi, après tout, l’hôtel avait été mobilisé pour recevoir le moins de monde possible, uniquement pour le bien-être de Rammstein. Mais la présence de Till derrière moi, en ce moment précis, ne m’enchantait guère. Qu’importe la manière dont j’allais m’y prendre, il fallait absolument que je me débarrasse de lui.
Je me relevai, posant ma tasse sur la table basse, et lui fit face. Quelle beauté à l’état brut. Ses yeux me fixaient sans vaciller, alors qu’une lueur de tendresse semblait briller faiblement à l’intérieur de ses iris. Sa main gauche, sans que je m’en aperçoive, vint se poser sur mon bras, alors que son pouce traçait des cercles invisibles sur ma peau.

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette, tout va bien ? » Me demanda-t-il, soudainement gentil. Mais je ne pouvais pas me laisser berner par sa soi-disante compassion.

« Till, je ne suis pas d’humeur à supporter tes sarcasmes, ou qu’importe ce que tu mijotes. Donc si tu veux bien m’excuser, j’ai autre chose à faire, je vais remonter dans ma chambre… »

Un sourire inquiétant venait alors de s’inscrire, et je fus alors sure qu’il n’avait pas changé. Je décidai alors de le contourner, quand soudain, sa voix, de nouveau, me transit de par sa froideur :

« Oui, je suppose que tu t’en vas retrouver ton infidèle époux ? »

Je m’arrêtai net, mon cœur menaçant de rompre son battement paisible à tout moment. Je ne savais pas comment, mais mes cordes vocales avaient réussi à fonctionner malgré moi.

« Qu-qu’est ce que tu as dit ? » Balbutiai-je, sans me retourner.

Peu à peu, je sentis sa présence au plus près de moi, trop près à mon gout. Ses doigts dégagèrent les cheveux de ma nuque, où je sentis son souffle hérisser mes poils. Puis des lèvres, brulantes. J’étais figée, pétrifiée par un désir que je ne pouvais contrôler. Puis sa bouche voyagea vers mon oreille, où il déversa des paroles qui me firent réagir.

« Je peux t’offrir bien plus que ce que Paul a à t’offrir, Sara. Il ne te mérite pas. Ce n’est qu’un lâche qui fuit dans les bras d’une autre dès la première occasion. »

Mon sang ne fit qu’un tour. Je fis volte-face, et malgré sa beauté apparente, la pourriture qui emplissait son cœur le rendait difforme à mes yeux. Ma main vint se coller violemment contre sa joue, sa tête virant violemment sur le côté.
Till ne dit mot. Au lieu de ça, il me fixa d’un regard indécis.

« Tu ne vaux pas mieux que la personne que tu viens de décrire Till. Si je crois bien me souvenir, toi non plus, tu n’es pas un cœur à prendre. Alors, ne viens pas me promettre une chose que tu ne pourras jamais m’offrir. »

Le choc vint s’afficher clairement sur son visage balafré. Mais il ne dit rien, il se contenta de tourner les talons, et partit, les épaules basses.

Dans l’intensité du moment, je ne vis pas, les portes de l’ascenseur s’ouvrir quelques minutes auparavant. Mais lorsqu’enfin, j’entendis un ‘bip’, je me retournai vers lui, pour voir ces mêmes portes se refermer sur mon mari. Il avait le visage baigné de larmes.

Il avait tout vu.