samedi 10 novembre 2012

Chapitre 4.


Je claquai la porte de la chambre d’hôtel, mon visage baigné de larmes. Certes, je n’avais pas laissé le temps à Paul de s’exprimer sur les allusions de cette fille, mais cela me suffisait. Hors, il ne fallut pas beaucoup de temps avant de le voir rentrer en tombe dans la pièce. Il était essoufflé et toujours magnifique, malgré la colère qui ruisselait par tous les pores de ma peau, je ne pouvais m’empêcher de l’admirer. Mais lorsqu’enfin je décidai de parler, ma voix fut aussi glaciale que l’Antarctique.

« Je m’en vais. Tu vas pouvoir faire ce qui te chante. »

Il semblait avoir pris racine, pourtant, son regard ne vacillait pas. Il m’interrogeait, cela était évident, suppliait presque, et je dus  prendre sur moi pour ne pas faire l’idiote en me jetant dans ses bras. Puis, je tournai les talons, me dirigeant vers ma valise qui n’attendait que mes affaires.
Enfin, Paul réagit. Il balbutia des paroles incompréhensibles, puis s’avança d’un pas hésitant vers moi. Alors que je faisais mine de l’ignorer complètement, je sentis sa main se poser sur mon épaule, me retournant vers lui. Ses iris bleutés se retrouvaient encerclés par des cornées rougies par des larmes toutes fraiches, et soudainement, il me semblait avoir pris vingt ans au compteur. Toute trace d’innocence avait quitté son visage, ne laissant place qu’à la maturité due à son âge.
Cependant, je me demandais si cette même maturité avait aussi quitté son cerveau, parce que son silence était digne d’un voleur pris la main dans le sac.
Je vis ses lèvres s’ouvrir légèrement, pour se refermer précipitamment. Mais, et ce contre ma volonté, mes cordes vocales entamèrent la conversation, cette confrontation inévitable.

« Pourquoi, Paul ? » Lui demandai-je d’une voix tremblante.
« Je suis tellement –
- Désolé ! Oui, je sais, et encore heureux ! » Lui répondis-je, avant même qu’il eut le temps de finir sa phrase.

Paul baissa les yeux, où une larme venait de s’échapper. La culpabilité, elle était inscrite sur tous les centimètres de sa peau. Pourtant, au plus profond de moi, j’espérais encore que mon mari me dise qu’il ne s’agissait que d’un malentendu, que je me faisais des fausses-idées. Pour la première fois de ma vie, j’aurais été la plus heureuse d’avoir tort. Cependant, mon intuition ne m’avait pas fait défaut. Paul m’avait bel et bien trompé, avec une jeune fille en fleur, et je me détestais encore plus, moi, mes rides et mes taches de vieillesse.
Epuisée, je me laissai tomber sur le bord du lit, plongeant ma tête dans mes mains. Je ne voulais plus que Paul me voit, je ne pouvais plus supporter son regard sur moi.
Après quelques longues secondes de silence pesant, je sentis le lit bouger, et je sus qu’il s’était placé à mes côtés. Hors, lorsque je sentis ses bras glisser faiblement autour de mes épaules, un réflexe auto protecteur me le fit repousser violemment. Le désespoir semblait alors l’habiter, et la seule chose qu’il trouva alors à faire, c’était de m’empoigner fermement, me forçant à le regarder.

«J’ai fait une erreur, et j’en suis profondément meurtri. Je sais que je n’aurais pas dû succomber à la tentation, mais je suis un homme Sara ! Qui mieux que toi peut me comprendre !? Je vois bien à quel point tu as du mal à résister à ce con de Till ! Mais je ne t’ai jamais fait de reproches !

-Comment oses-tu !? Comment oses-tu me dire ça, Paul !? Comment oses-tu faire preuve d’autant de mauvaise foi !? Grandis une bonne fois pour toute ! Certes, Till est attirant, mais il n’est pas irrésistible ! Jamais, tu m’entends, jamais je n’ai couché avec lui, ni avec aucun autre homme que toi, Paul ! Pourtant Dieu seul sait à quel point je pourrais me laisser tenter quand on voit avec quel dédain tu me regardes quand il s’agit de m’offrir ton intimité ! Alors tes reproches, tu te les garde ! »

Bien sûr, Paul avait de nouveau la tête baissée. Je venais de marquer un point, bien évidemment, il le savait qu’il ne pouvait pas me renvoyer tout ça au visage sans que je ne me défende. Ce qu’il semblait ne pas savoir, c’était que, la veille, j’avais lutté comme jamais pour ne pas faire la même erreur que lui. Mais ce fut ce qui me différenciait de lui, moi, j’avais su résister, malgré tout le mal que cela m’avait procuré.
Un ange passa…

« Je t’en supplie, pardonne-moi… Ne me laisse pas… »

La faible voix de Paul me brisa le cœur, je savais que je ne devais pas me laisser charmer par sa tristesse, mais comment aurait-il réagi si les rôles avaient été inversés ? M’aurait-il laissé une seconde chance ?
Je n’aurai jamais dû me poser cette question, car aussitôt celle-ci m’avait traversé l’esprit, aussitôt la réponse me fit presque vomir. Bien sûr que Paul m’aurait pardonné. Il m’aimait d’un amour inconditionnel. Il aurait, certes, eu du mal à digérer, mais jamais, il ne m’aurait laissé tomber…
Je me levai lentement, sans même poser mes yeux sur lui, et je lâchai doucement, en me rapprochant de la porte :

« Il faut que je réfléchisse, j’ai besoin de temps. »

Je me rendis dans le lobby de l’hôtel, profitant du peu d’affluence que celui-ci recevait, pour me détendre dans l’espace salon de thé. J’étais consciente de ma tenue, je n’étais pas du tout présentable. Hormis mes vêtements qui restaient potables, ma figure, elle, se devait de rester cachée à jamais. Mon maquillage, pourtant si discret ce matin même, avait coulé le long de mes joues ; mon rouge à lèvre avait partiellement quitté mes lèvres, et mes cheveux…je n’étais même plus coiffée.
Depuis quelques minutes, je sirotais tranquillement mon Earl Grey, tout en sentant ma mauvaise humeur se dissiper peu à peu, mais bien sûr, ce calme fut de courte durée.

« Puis-je me joindre à vous, charmante Dame ? »

Encore lui. Je savais bien qu’il résidait au même endroit que Paul et moi, après tout, l’hôtel avait été mobilisé pour recevoir le moins de monde possible, uniquement pour le bien-être de Rammstein. Mais la présence de Till derrière moi, en ce moment précis, ne m’enchantait guère. Qu’importe la manière dont j’allais m’y prendre, il fallait absolument que je me débarrasse de lui.
Je me relevai, posant ma tasse sur la table basse, et lui fit face. Quelle beauté à l’état brut. Ses yeux me fixaient sans vaciller, alors qu’une lueur de tendresse semblait briller faiblement à l’intérieur de ses iris. Sa main gauche, sans que je m’en aperçoive, vint se poser sur mon bras, alors que son pouce traçait des cercles invisibles sur ma peau.

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette, tout va bien ? » Me demanda-t-il, soudainement gentil. Mais je ne pouvais pas me laisser berner par sa soi-disante compassion.

« Till, je ne suis pas d’humeur à supporter tes sarcasmes, ou qu’importe ce que tu mijotes. Donc si tu veux bien m’excuser, j’ai autre chose à faire, je vais remonter dans ma chambre… »

Un sourire inquiétant venait alors de s’inscrire, et je fus alors sure qu’il n’avait pas changé. Je décidai alors de le contourner, quand soudain, sa voix, de nouveau, me transit de par sa froideur :

« Oui, je suppose que tu t’en vas retrouver ton infidèle époux ? »

Je m’arrêtai net, mon cœur menaçant de rompre son battement paisible à tout moment. Je ne savais pas comment, mais mes cordes vocales avaient réussi à fonctionner malgré moi.

« Qu-qu’est ce que tu as dit ? » Balbutiai-je, sans me retourner.

Peu à peu, je sentis sa présence au plus près de moi, trop près à mon gout. Ses doigts dégagèrent les cheveux de ma nuque, où je sentis son souffle hérisser mes poils. Puis des lèvres, brulantes. J’étais figée, pétrifiée par un désir que je ne pouvais contrôler. Puis sa bouche voyagea vers mon oreille, où il déversa des paroles qui me firent réagir.

« Je peux t’offrir bien plus que ce que Paul a à t’offrir, Sara. Il ne te mérite pas. Ce n’est qu’un lâche qui fuit dans les bras d’une autre dès la première occasion. »

Mon sang ne fit qu’un tour. Je fis volte-face, et malgré sa beauté apparente, la pourriture qui emplissait son cœur le rendait difforme à mes yeux. Ma main vint se coller violemment contre sa joue, sa tête virant violemment sur le côté.
Till ne dit mot. Au lieu de ça, il me fixa d’un regard indécis.

« Tu ne vaux pas mieux que la personne que tu viens de décrire Till. Si je crois bien me souvenir, toi non plus, tu n’es pas un cœur à prendre. Alors, ne viens pas me promettre une chose que tu ne pourras jamais m’offrir. »

Le choc vint s’afficher clairement sur son visage balafré. Mais il ne dit rien, il se contenta de tourner les talons, et partit, les épaules basses.

Dans l’intensité du moment, je ne vis pas, les portes de l’ascenseur s’ouvrir quelques minutes auparavant. Mais lorsqu’enfin, j’entendis un ‘bip’, je me retournai vers lui, pour voir ces mêmes portes se refermer sur mon mari. Il avait le visage baigné de larmes.

Il avait tout vu.




3 commentaires:

  1. Mouhahaha trop bon :) Pauvre Paul, j'ai l'impression que je dis souvent ça aujourd'hui: Pauvre, pauvre Paul!

    Mais il a déconné donc...
    Mais il s'en veut, donc...
    Mais ils s'aiment, donc...

    Rah j'ai hâte de savoir la suite, faut qu'il s'en morde les doigts encore un peu mais j'espère que Sara pourra lui pardonner!!

    (Till est un vrai crétin!! ><)

    J'apprécie toujours autant de te lire <3

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  2. Je dois avouer qu'au début du chapitre, je ne me souvenais plus de l'histoire, ça fait si longtemps... J'ai dû tout relire et ENFIN, je comprends le 4ème chapitre! C'est toujours un plaisir de te lire: les mots sont bien choisis et l'histoire coule d'elle-même. C'est fluide et agréable. J'ai vraiment hâte de connaitre la suite! Pas évident comme situation alors hâte de savoir comment tout ça va se dégoupiller!

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  3. Vu que cela faisait un moment qu'il n'y avait pas eu de suite à cette fiction, j'ai dû relire le début car impossible de me souvenir de l'histoire (faut dire que j'en ai tellement lu, lol) !
    Mais qu'il est détestable ce Till. Une pourriture comme ça, je n'en voudrais même pas ! La réaction de notre protagoniste vis-à-vis de lui est assez admirable. Elle aurait très bien pu accepter de s'envoyer en l'air avec Till par vengeance mais non, loin de là. Pauvre Paul, il s'en prend plein la tronche. En même temps, il l'a un peu cherché avec sa connerie. Je me demande comment cette histoire va se dérouler par la suite. En tout cas, c'est toujours aussi plaisant de te lire !

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