« Oui bien-sûr,
entre donc ! » Me dit Schneider, cachant tant bien que mal son ton
inquiet.
Christoph avait toujours su m’apporter cette oreille attentive
qui me manquait tant. Dès les premières disputes sérieuses avec Paul, il avait
su écouter sans broncher, mes complaintes incessantes. Cette pensée me fait
réaliser d’ailleurs, que je ressemblais de plus en plus à mon mari :
toujours à me plaindre.
Après l’altercation avec Till, j’avais couru dans ma chambre d’hôtel, cherchant alors à fouiller dans les pensées les plus profondes de mon mari. Mais comme à son habitude, Paul était resté muet comme une tombe, les yeux perdus dans le néant. De nervosité, il jouait avec le bord de son débardeur, le déformant assez rapidement. Je l’avais supplié de me parler, répétant alors l’action de ce matin-même, inversant cependant les protagonistes.
Ce que je ne réalisais pas encore, c’était que, grâce à Till, je venais de passer du statut de victime, à celle de coupable. Mais coupable de quoi ? D’avoir voulu repousser ce charmeur de pacotilles ? Coupable de ne pas avoir sauté dans les bras de Paul, lui pardonnant son écart de conduite ? Lorsque, en plongeant mon regard dans le sien, froid et vide, je compris alors que ma place n’était pas auprès de lui, et partit dans un silence le plus total.
Après l’altercation avec Till, j’avais couru dans ma chambre d’hôtel, cherchant alors à fouiller dans les pensées les plus profondes de mon mari. Mais comme à son habitude, Paul était resté muet comme une tombe, les yeux perdus dans le néant. De nervosité, il jouait avec le bord de son débardeur, le déformant assez rapidement. Je l’avais supplié de me parler, répétant alors l’action de ce matin-même, inversant cependant les protagonistes.
Ce que je ne réalisais pas encore, c’était que, grâce à Till, je venais de passer du statut de victime, à celle de coupable. Mais coupable de quoi ? D’avoir voulu repousser ce charmeur de pacotilles ? Coupable de ne pas avoir sauté dans les bras de Paul, lui pardonnant son écart de conduite ? Lorsque, en plongeant mon regard dans le sien, froid et vide, je compris alors que ma place n’était pas auprès de lui, et partit dans un silence le plus total.
« Je crois que je veux divorcer Chris… » Dis-je à
mon ami, en fondant en larmes.
Le batteur ne savait pas comment s’y prendre, et je le
sentais bien. Il n’avait jamais été très adroit avec les gestes réconfortants.
Cependant, je fus agréablement surprise lorsque je sentis ses bras m’entourer
de leur chaleur. Je fus immédiatement bercée comme un bébé, alors que sa voix,
douce mais grave, me murmurait de me calmer.
Si Paul avait été là, je savais ce qu’il aurait pensé. Son esprit tordu et paranoïaque aurait insinué que je cherchais à charmer Schneider. Chose qui, d’ailleurs, s’était déjà produite à maintes reprises.
Je me souvins des longues nuitées à essayer de faire comprendre à mon charmant et jaloux de mari, que son collègue était comme un frère pour moi. Un homme sur qui je pouvais toujours compter pour extérioriser mes peurs les plus profondes. « Mais tu peux aussi te confier à moi ? Je suis ton mari, non ? » Oui, Paul était mon mari, mais il n’avait jamais compris qu’il était aussi la cause de mes soucis.
« Tu veux que je te prennes quelque chose à boire ?
Un thé, café ? »
De nouveau, la voix de Christoph m’extirpa de mes souvenirs,
et lorsque je levais les yeux vers lui, j’aperçus une faible lueur de crainte
et d’incertitude briller dans les siens. Schneider n’était certes pas habile
avec les mots, mais ses iris parlaient bien plus qu’il ne voulait croire.
Seules les personnes fermées d’esprit ne voyait que la façade glaciale qui
entourait ses pupilles, pourtant moi, je voyais bien plus que ça. Je voyais en
ce moment-même de la compassion, de la douleur, et de l’amour.
Je savais bien que cette situation le déchirait comme
jamais. Paul était son ami le plus proche, tout comme moi. Lorsque nous étions
fraichement mariés, tout allait pour le mieux, et nous avions alors passé
nombre de soirées entre couples, à rire et à s’amuser. Mais le bonheur fut de
courte durée, car lors de nos premières disputes, j’avais accouru chez le
batteur pour me vider la tête de toutes les horreurs qui étaient sorties de la
bouche de Paul. Ce que je n’avais pas su à l’époque, c’était que mon mari, de
son côté, s’était lui aussi confié à Christoph…
Avec le recul, je le plaignais, et me sentais même coupable de lui infliger tout ça. Aujourd’hui, il se retrouvait au milieu de notre couple, assistant impuissamment à un divorce imminent.
Avec le recul, je le plaignais, et me sentais même coupable de lui infliger tout ça. Aujourd’hui, il se retrouvait au milieu de notre couple, assistant impuissamment à un divorce imminent.
« Ne t’en fais pas pour ça, Sara. Un ami est là pour
écouter. Tu peux compter sur moi pour garder tes secrets… »
Apparemment, lui aussi savait lire en moi comme dans un
livre ouvert. A ces mots, je sentis des larmes toutes fraiches se former dans
mes cornées, et Chris me reprit dans ses bras.
« Je suis tellement désolé. Si seulement je pouvais
faire quelque chose pour toi… » Me dit-il, une once de remords se faisant
entendre.
« Tu n’y es pour rien Chris. Tu n’es pas responsable
des actes de tes collègues… » Lui répondis-je entre deux sanglots.
Il hocha la tête, approuvant mes paroles.
Un long moment de silence, ou seuls le rythme cardiaque paisible de Schneider me retenait encore à la réalité. Tellement de larmes versées, tellement de questions sans réponses, tellement d’incertitude pour mon avenir. Qu’allais-je devenir si je quittais Paul ? Malgré la rancœur que je ressentais lorsque je l’imaginais lui, faire l’amour à une autre femme que moi, je savais que mon cœur lui appartiendrait toujours.
Mais Paul était insensible à cela. Même si je savais que ses sentiments pour moi étaient forts, je ne pouvais me résoudre à me dire qu’il m’aimait autant que moi. Sinon, pourquoi aurait-il été voir ailleurs ? Je voulais bien croire en l’éternelle faiblesse des hommes, mais étrangement, lorsque cela me touchait de près, mon jugement se retrouvait aussitôt altéré.
Au fond de moi, je savais que la carrière du groupe leur floutait la réalité. Ils se croyaient tout permis, au-dessus de toutes lois, et de toutes éthiques.
Un long moment de silence, ou seuls le rythme cardiaque paisible de Schneider me retenait encore à la réalité. Tellement de larmes versées, tellement de questions sans réponses, tellement d’incertitude pour mon avenir. Qu’allais-je devenir si je quittais Paul ? Malgré la rancœur que je ressentais lorsque je l’imaginais lui, faire l’amour à une autre femme que moi, je savais que mon cœur lui appartiendrait toujours.
Mais Paul était insensible à cela. Même si je savais que ses sentiments pour moi étaient forts, je ne pouvais me résoudre à me dire qu’il m’aimait autant que moi. Sinon, pourquoi aurait-il été voir ailleurs ? Je voulais bien croire en l’éternelle faiblesse des hommes, mais étrangement, lorsque cela me touchait de près, mon jugement se retrouvait aussitôt altéré.
Au fond de moi, je savais que la carrière du groupe leur floutait la réalité. Ils se croyaient tout permis, au-dessus de toutes lois, et de toutes éthiques.
Même l’homme droit et honnête qu’était Christoph n’avait pas
su résister à cette immonde créature qu’était l’infidélité. Aujourd’hui, en
homme officiellement célibataire, il se rendait bien compte de la valeur d’un
couple aimant, et faisait tout son possible pour aider son prochain.
Je l’admirais tant. Si j’avais pu trouver un homme comme lui…
Pourtant Paul représentait la perfection à mes yeux. Il avait tout pour lui ; il était drôle, avait une beauté qui lui était propre, il était loyal et passionné. Pourquoi avait-il autant changé ? Quelles circonstances l’avaient fait écarter du droit chemin ?
Pourtant Paul représentait la perfection à mes yeux. Il avait tout pour lui ; il était drôle, avait une beauté qui lui était propre, il était loyal et passionné. Pourquoi avait-il autant changé ? Quelles circonstances l’avaient fait écarter du droit chemin ?
Ce fut en ce moment précis que je commençai à douter de moi,
de mon ‘innocence’. Paul m’aurait-il trompé si j’avais su me montrer plus
tendre et affectueuse avec lui ? Je savais qu’au fil de ses derniers mois,
je n’avais pas été irréprochable. Au contraire, je devais avouer que j’avais
tourné le dos à toutes sortes de bienséance en ce qui concernait le mariage. Je
m’étais clairement transformé en une mégère aigrie et malheureuse, influençant
tous les êtres gravitant autour de moi. J’étais effectivement une onde négative
pour Paul, pourtant, il semblait si loin de tout ça, comme si rien ne pouvait l’atteindre,
comme s’il ne réalisait pas mon changement subit de comportement.
Maintenant, je sus que j’avais perdu Paul à jamais…
« Tu crois qu’il m’aime encore ? » Je me
risquai à poser cette question au seul homme capable de sonder mon mari. Et je
redoutais sa réponse.
Pourtant, Schneider me regardait comme si j’étais une
décérébrée. Je devais sans doute avoir heurté une corde sensible. Puis, en un
quart de secondes, ses paupières passèrent du statut ‘écarquillées’ à ‘étroitement
fermées’, et ses lèvres suivirent le mouvement.
J’avais peur.
« Bien sûr qu’il t’aime ! Je n’ai jamais vu un
homme aimer sa femme comme ça ! Comment peux-tu douter de lui ? »
Si seulement Christoph pouvait me comprendre en ce moment
précis. J’eus alors un gros doute sur son ignorance des faits. Etait-il au
courant de l’adultère de Paul ? Ce qu’il semblait ne pas savoir, c’était
que jamais, je n’aurais douté de Paul, jamais.
« Ce n’est pas de Paul que je doute, mais de moi Doom.
Il m’a trompé tu comprends ? J’ai dû faire une erreur, une chose qui l’a
repoussé dans les bras d’une autre ! »
Dès lors que le dernier mot fut sorti de ma bouche, j’eus la
certitude que Christoph n’était pas au courant de la tromperie dont j’avais été
victime.
Il balbutia des paroles incompréhensibles, entre lesquelles je compris des excuses, des « Oh putain », et autres injures. Il semblait être sous le choc. De toute évidence, il était loin de l’image que lui renvoyait Paul, et je venais de lui ouvrir brutalement les yeux.
Et, une fois de plus, je me sentis coupable. J’eus cette peur indescriptible de briser un lien entre les deux meilleurs amis. Une fois de plus, je n’étais pas la victime, et je me dégoutais.
Il balbutia des paroles incompréhensibles, entre lesquelles je compris des excuses, des « Oh putain », et autres injures. Il semblait être sous le choc. De toute évidence, il était loin de l’image que lui renvoyait Paul, et je venais de lui ouvrir brutalement les yeux.
Et, une fois de plus, je me sentis coupable. J’eus cette peur indescriptible de briser un lien entre les deux meilleurs amis. Une fois de plus, je n’étais pas la victime, et je me dégoutais.
Finalement, peut être que je ressemblais plus à Till que ce
que je voulais bien croire. Till n’avait aucune limite, aucune valeur de l’amitié
et de l’amour. Le chanteur, sous ses allures de poète, cachait une vérité
terrifiante, je le savais. Inconsciemment, je voulus me gifler de penser à lui
dans un moment si critique…
Une bataille interne venait de débuter. Une partie de moi
voulait à tout prix récupérer l’être qui comptait le plus pour moi, l’autre
partie voulait lâcher prise, pour le laisser vivre son bonheur.
Je me levai du lit de Schneider, le remerciant brièvement,
et partis d’un pas décidé, vers la chambre de Paul, où ma valise m’attendait…
Ton écriture est très belle et très inspiré :) j'attends la suite avec hâte :) ne t'arretes pas en si bon chemin ^^
RépondreSupprimerÇa s'annonce plutôt mal barré pour une éventuelle réconciliation entre nos deux âmes écorchées. Je verrais bien notre protagoniste tomber dans les bras de Schneider, même si visiblement elle le considère seulement comme un frère. Il y a une phrase qui me fait penser à cette éventualité ("Si j’avais pu trouver un homme comme lui…"). Enfin, nous verrons bien par la suite si mon intuition se révèle vraie ou non ! ^^
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