dimanche 11 novembre 2012

Chapitre 5.


 « Oui bien-sûr, entre donc ! » Me dit Schneider, cachant tant bien que mal son ton inquiet.

Christoph avait toujours su m’apporter cette oreille attentive qui me manquait tant. Dès les premières disputes sérieuses avec Paul, il avait su écouter sans broncher, mes complaintes incessantes. Cette pensée me fait réaliser d’ailleurs, que je ressemblais de plus en plus à mon mari : toujours à me plaindre.

Après l’altercation avec Till, j’avais couru dans ma chambre d’hôtel, cherchant alors à fouiller dans les pensées les plus profondes de mon mari. Mais comme à son habitude, Paul était resté muet comme une tombe, les yeux perdus dans le néant. De nervosité, il jouait avec le bord de son débardeur, le déformant assez rapidement. Je l’avais supplié de me parler, répétant alors l’action de ce matin-même, inversant cependant les protagonistes.
Ce que je ne réalisais pas encore, c’était que, grâce à Till, je venais de passer du statut de victime, à celle de coupable. Mais coupable de quoi ? D’avoir voulu repousser ce charmeur de pacotilles ? Coupable de ne pas avoir sauté dans les bras de Paul, lui pardonnant son écart de conduite ? Lorsque, en plongeant mon regard dans le sien, froid et vide, je compris alors que ma place n’était pas auprès de lui, et partit dans un silence le plus total.

« Je crois que je veux divorcer Chris… » Dis-je à mon ami, en fondant en larmes.

Le batteur ne savait pas comment s’y prendre, et je le sentais bien. Il n’avait jamais été très adroit avec les gestes réconfortants. Cependant, je fus agréablement surprise lorsque je sentis ses bras m’entourer de leur chaleur. Je fus immédiatement bercée comme un bébé, alors que sa voix, douce mais grave, me murmurait de me calmer.

Si Paul avait été là, je savais ce qu’il aurait pensé. Son esprit tordu et paranoïaque aurait insinué que je cherchais à charmer Schneider. Chose qui, d’ailleurs, s’était déjà produite à maintes reprises.
Je me souvins des longues nuitées à essayer de faire comprendre à mon charmant et jaloux de mari, que son collègue était comme un frère pour moi. Un homme sur qui je pouvais toujours compter pour extérioriser mes peurs les plus profondes. « Mais tu peux aussi te confier à moi ? Je suis ton mari, non ? » Oui, Paul était mon mari, mais il n’avait jamais compris qu’il était aussi la cause de mes soucis.

« Tu veux que je te prennes quelque chose à boire ? Un thé, café ? »

De nouveau, la voix de Christoph m’extirpa de mes souvenirs, et lorsque je levais les yeux vers lui, j’aperçus une faible lueur de crainte et d’incertitude briller dans les siens. Schneider n’était certes pas habile avec les mots, mais ses iris parlaient bien plus qu’il ne voulait croire. Seules les personnes fermées d’esprit ne voyait que la façade glaciale qui entourait ses pupilles, pourtant moi, je voyais bien plus que ça. Je voyais en ce moment-même de la compassion, de la douleur, et de l’amour.

Je savais bien que cette situation le déchirait comme jamais. Paul était son ami le plus proche, tout comme moi. Lorsque nous étions fraichement mariés, tout allait pour le mieux, et nous avions alors passé nombre de soirées entre couples, à rire et à s’amuser. Mais le bonheur fut de courte durée, car lors de nos premières disputes, j’avais accouru chez le batteur pour me vider la tête de toutes les horreurs qui étaient sorties de la bouche de Paul. Ce que je n’avais pas su à l’époque, c’était que mon mari, de son côté, s’était lui aussi confié à Christoph…
Avec le recul, je le plaignais, et me sentais même coupable de lui infliger tout ça. Aujourd’hui, il se retrouvait au milieu de notre couple, assistant impuissamment à un divorce imminent.

« Ne t’en fais pas pour ça, Sara. Un ami est là pour écouter. Tu peux compter sur moi pour garder tes secrets… »

Apparemment, lui aussi savait lire en moi comme dans un livre ouvert. A ces mots, je sentis des larmes toutes fraiches se former dans mes cornées, et Chris me reprit dans ses bras.

« Je suis tellement désolé. Si seulement je pouvais faire quelque chose pour toi… » Me dit-il, une once de remords se faisant entendre.

« Tu n’y es pour rien Chris. Tu n’es pas responsable des actes de tes collègues… » Lui répondis-je entre deux sanglots.

Il hocha la tête, approuvant mes paroles. 
Un long moment de silence, ou seuls le rythme cardiaque paisible de Schneider me retenait encore à la réalité. Tellement de larmes versées, tellement de questions sans réponses, tellement d’incertitude pour mon avenir. Qu’allais-je devenir si je quittais Paul ? Malgré la rancœur que je ressentais lorsque je l’imaginais lui, faire l’amour à une autre femme que moi, je savais que mon cœur lui appartiendrait toujours.
Mais Paul était insensible à cela. Même si je savais que ses sentiments pour moi étaient forts, je ne pouvais me résoudre à me dire qu’il m’aimait autant que moi. Sinon, pourquoi aurait-il été voir ailleurs ? Je voulais bien croire en l’éternelle faiblesse des hommes, mais étrangement, lorsque cela me touchait de près, mon jugement se retrouvait aussitôt altéré.
Au fond de moi, je savais que la carrière du groupe leur floutait la réalité. Ils se croyaient tout permis, au-dessus de toutes lois, et de toutes éthiques.
Même l’homme droit et honnête qu’était Christoph n’avait pas su résister à cette immonde créature qu’était l’infidélité. Aujourd’hui, en homme officiellement célibataire, il se rendait bien compte de la valeur d’un couple aimant, et faisait tout son possible pour aider son prochain.
Je l’admirais tant. Si j’avais pu trouver un homme comme lui…
Pourtant Paul représentait la perfection à mes yeux. Il avait tout pour lui ; il était drôle, avait une beauté qui lui était propre, il était loyal et passionné. Pourquoi avait-il autant changé ? Quelles circonstances l’avaient fait écarter du droit chemin ?

Ce fut en ce moment précis que je commençai à douter de moi, de mon ‘innocence’. Paul m’aurait-il trompé si j’avais su me montrer plus tendre et affectueuse avec lui ? Je savais qu’au fil de ses derniers mois, je n’avais pas été irréprochable. Au contraire, je devais avouer que j’avais tourné le dos à toutes sortes de bienséance en ce qui concernait le mariage. Je m’étais clairement transformé en une mégère aigrie et malheureuse, influençant tous les êtres gravitant autour de moi. J’étais effectivement une onde négative pour Paul, pourtant, il semblait si loin de tout ça, comme si rien ne pouvait l’atteindre, comme s’il ne réalisait pas mon changement subit de comportement.
Maintenant, je sus que j’avais perdu Paul à jamais…

« Tu crois qu’il m’aime encore ? » Je me risquai à poser cette question au seul homme capable de sonder mon mari. Et je redoutais sa réponse.

Pourtant, Schneider me regardait comme si j’étais une décérébrée. Je devais sans doute avoir heurté une corde sensible. Puis, en un quart de secondes, ses paupières passèrent du statut ‘écarquillées’ à ‘étroitement fermées’, et ses lèvres suivirent le mouvement.
J’avais peur.

« Bien sûr qu’il t’aime ! Je n’ai jamais vu un homme aimer sa femme comme ça ! Comment peux-tu douter de lui ? »

Si seulement Christoph pouvait me comprendre en ce moment précis. J’eus alors un gros doute sur son ignorance des faits. Etait-il au courant de l’adultère de Paul ? Ce qu’il semblait ne pas savoir, c’était que jamais, je n’aurais douté de Paul, jamais.

« Ce n’est pas de Paul que je doute, mais de moi Doom. Il m’a trompé tu comprends ? J’ai dû faire une erreur, une chose qui l’a repoussé dans les bras d’une autre ! »

Dès lors que le dernier mot fut sorti de ma bouche, j’eus la certitude que Christoph n’était pas au courant de la tromperie dont j’avais été victime.
Il balbutia des paroles incompréhensibles, entre lesquelles je compris des excuses, des « Oh putain », et autres injures. Il semblait être sous le choc. De toute évidence, il était loin de l’image que lui renvoyait Paul, et je venais de lui ouvrir brutalement les yeux.
Et, une fois de plus, je me sentis coupable. J’eus cette peur indescriptible de briser un lien entre les deux meilleurs amis. Une fois de plus, je n’étais pas la victime, et je me dégoutais.

Finalement, peut être que je ressemblais plus à Till que ce que je voulais bien croire. Till n’avait aucune limite, aucune valeur de l’amitié et de l’amour. Le chanteur, sous ses allures de poète, cachait une vérité terrifiante, je le savais. Inconsciemment, je voulus me gifler de penser à lui dans un moment si critique…

Une bataille interne venait de débuter. Une partie de moi voulait à tout prix récupérer l’être qui comptait le plus pour moi, l’autre partie voulait lâcher prise, pour le laisser vivre son bonheur.
Je me levai du lit de Schneider, le remerciant brièvement, et partis d’un pas décidé, vers la chambre de Paul, où ma valise m’attendait…





2 commentaires:

  1. Ton écriture est très belle et très inspiré :) j'attends la suite avec hâte :) ne t'arretes pas en si bon chemin ^^

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  2. Ça s'annonce plutôt mal barré pour une éventuelle réconciliation entre nos deux âmes écorchées. Je verrais bien notre protagoniste tomber dans les bras de Schneider, même si visiblement elle le considère seulement comme un frère. Il y a une phrase qui me fait penser à cette éventualité ("Si j’avais pu trouver un homme comme lui…"). Enfin, nous verrons bien par la suite si mon intuition se révèle vraie ou non ! ^^

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